Comment faire des choix ? Quelques pistes pour décider juste
Voici un résumé de l’enseignement donné par le P. Miguel Roland-Gosselin, jésuite, à Ecclesia Campus en février 2012. Ce résumé est allusif, compte tenu qu’il s’agissait d’un enchaînement de petites histoires : des « règles du discernement » à base de cas concrets, histoires d’étudiants… Il est disponible en format pdf sous ce lien.

La première histoire était celle de Pierre, le « jeune étudiant découragé » (on peut l’entendre sur une vidéo dailymotion, intitulée : « dans la désolation, je ne change pas de cap »). Elle voulait poser d’emblée une règle fondamentale, et signaler au passage où sont puisées de telles règles : dans les Exercices Spirituels de St Ignace et dans la longue sagesse de l’Eglise.
Furent traitées ensuite quelques questions fondamentales :
« Qu’est-ce qu’une bonne décision ? » Celle qui m’ira comme un gant. Elle s’ajuste à mon histoire. Et comme par hasard, elle m’a échappé. (Récit de vocation.) Une bonne décision, je l’ai vraiment prise, et curieusement elle m’a comme échappé. C’est peut-être ça qu’on appelle une « vocation ».
« Puis-je être sûr d’avoir bien décidé ? » Apprendre à distinguer entre certitude et confiance, la deuxième étant plus humaine, sans doute bien plus précieuse. Un homme avance toujours à force de confiance (cf. cette confiance très sacrée qu’est la « foi »).
« A quels signes voit-on qu’on tient le cap ? » Le plus beau signe est la paix, une confiance de fond. Apprendre à observer ce qui me réjouit et me dynamise, ce qui au contraire me « défait » et me dévitalise. La tradition spirituelle parle de « consolations » et « désolations ». L’Eglise dispose d’un savoir-faire pour distinguer ces « mouvements intérieurs » et pour en tirer un bon parti. Typiquement, l’histoire de Pierre (cf. supra). A contrario : petit exercice pour me rappeler une joie profonde, une période de grande vitalité, quand tout s’enchaîne avec aisance… (Ne pas oublier d’en rendre grâce à Dieu ! Dans de telles situations on goûte la vie à sa source, qui est Dieu.)
« Dieu a-t-il une volonté à mon sujet ? » L’incontournable question… Réponse : bien sûr, Dieu a une volonté (il nous veut « saints », il nous veut « fils » : cf. l’épître aux Ephésiens, ch. 1). Mais sa volonté est celle d’un Père, non pas d’un ordinateur qui aurait d’avance tout planifié. Dieu nous lance et nous accompagne dans la vie ; il nous conduit, nous assiste, nous relève… mais pour que nous soyons de plus en plus libres. Dieu veut un homme libre. Alors, nul doute qu’il se laisse surprendre par nos bonnes décisions ! Quand donc je présente à mes parents ma fiancée, que je n’oublie pas de la présenter aussi à Dieu : il en est le premier réjoui, le premier émerveillé !

Et maintenant, quelques « pistes pour décider juste » :
- Ne pas prendre les moyens pour la fin. « Au fond, qu’est-ce que je veux ? » L’argent, la santé, l’amour d’une femme… mais encore ? En vue de quoi ? Vérifier toujours que la finalité, c’est de vivre en plénitude, au sens humain et généreux de la plénitude humaine. Les chrétiens disent : la finalité, c’est Dieu : se mettre à son école, découvrir sa volonté, apprendre à vivre sur les pas du Christ. Tout le reste, ce sont des moyens.
- Poser une alternative. Un choix suppose plusieurs termes : pas seulement « Est-ce que je fais ça ? », mais plutôt « Est-ce que je fais ça… ou ça ? » Vérifier que j’aie toujours une alternative. Il arrive d’ailleurs qu’une alternative salutaire se présente : cf. histoire de Cyprien qui ne « découvre » Valérie, sa voisine de couloir, qu’après que lui soit venue l’idée qu’être prêtre ne serait pas sot non plus (cf. vidéo dailymotion). Comme si le fond du cœur résistait à s’engager aussi longtemps qu’une légitime alternative n’avait pas été pesée…
- « Donne sa chance à ta liberté. » Partir un an en Afrique ou signer ce contrat à Angers ?… Aussi longtemps que, devant une alternative, ton choix n’est pas posé, tu prendras soin de « mettre la balance à zéro » (la formule est de St Ignace). Tu rechargeras le plateau qui semble le plus léger. Tu résistes aux penchants trop affectifs, tu nourris les arguments raisonnables (ou bien le contraire, quelquefois) ; tu « sauves l’alternative » aussi longtemps qu’il le faut, jusqu’à ce qu’un jour… l’un des plateaux de la balance l’emporte d’un coup.
- « Honore ton histoire. » Cf. le chef scout qui pense être prêtre… puis qui rencontre Nathalie. Tu es libre par rapport à ton histoire ; mais ne traite pas à la légère ton histoire…
- Parler, consulter. Parce que d’autres sont parfois plus libres affectivement, plus raisonnables.
- Et décider ! C’est toujours un moment de solitude. Une bonne décision trouvera sans doute, sans trop tarder, quelques confirmations.
P. Miguel Roland-Gosselin sj